Le parfum de l'herbe coupée

Dernière mise à jour : 27 mai 2020

L'édito de l'UNSS Béarn et Soule n°24

Franck Dufour, directeur UNSS


Dans un avenir proche, le sport scolaire aura-t-il encore rendez-vous avec l’émotion singulière du parfum de l’herbe coupée? Cette interrogation n’est pas si anecdotique ou symbolique en ce moment, dans un contexte de reprise scolaire difficile pour l'enseignement d’activités physiques sportives et artistiques. En présentiel, il ne s’agit pour l’instant que d’une reprise concernant des élèves de 6ème et 5ème et, déjà, le professeur d’EPS est un équilibriste : redonner un peu de plaisir aux élèves présents et s'assurer que le protocole sanitaire soit respecté.

Dans la vallée d'Aspe, à Bedous (cf. photo), les collégiens retrouvaient avec le sourire le grand air dans un décor somptueux. La séance d'EPS proposée sur le terrain municipal encore recouvert de l'herbe coupée renforçait l'idée, si besoin était, que la notion de plaisir doit s'imposer.  Le plaisir de la pratique est un levier puissant de l’activité physique et sportive, indispensable à son maintien dans la durée.


Dans ce contexte particulier, l’ensemble des acteurs associés au sport scolaire ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion approfondie sur l’offre de pratique ainsi que le format des différentes propositions, surtout si, la rentrée scolaire 2020-2021 devait ressembler à ces quelques semaines. Le sport scolaire doit répondre à de nouveaux enjeux de société et peut-être renforcer son utilité et intérêt, auprès de nos jeunes citoyens, quelquefois éloignés de nos conceptions. Il faut dire que nous sommes à la fois des enfants du bénévolat, du modèle sportif traditionnel et de l’éducation physique et sportive !


Par exemple, dans un récent sondage, réalisé en direction des élèves durant le confinement par le service UNSS Béarn et Soule (3400 répondants licenciés et non licenciés), à la question «quand vous pratiquez une activité physique, sportive ou artistique c’est… ?», le mobile d’agir lié à la compétition se retrouve relayé au 5ème rang. Très loin derrière « être avec des amis», « être en forme physique», «progresser dans les activités proposées » ou « vivre des expériences sportives différentes ». Nous aurions peut-être dû ajouter aux items « pour ressentir l’émotion singulière provoquée par le parfum de l’herbe coupée » et la compétition aurait-elle été relayée à la sixième place.


Le plaisir, la découverte, l’envie de « vivre » de nouvelles expériences sont donc les déclencheurs de l’engagement qui semblent incontournables. La culture de l’activité physique qui s’installe de façon durable passe par l’émotion, la sensation et plus tard, le souvenir...


Ne nous le cachons pas, en France le manque d’activité physique pour la tranche d’âge qui correspond aux années lycée est un problème majeur (cf rapport OMS).

Si, dès le plus jeune âge, la pratique physique passe exclusivement par le risque de la comparaison, celui du score, du chronomètre alors au classement mondial de l’Organisation Mondiale de la Santé, nos adolescents seront peut-être, encore au 119ème rang sur 146 pays quand il s’agira d’évaluer leur niveau d’activité physique. Bien que le fonctionnement de notre société dans son ensemble, les nouveaux modes de consommation, le tout numérique, etc... aient un impact considérable sur le manque d'activité physique, il faut aussi que "le milieu sportif", au sens large, ait également la volonté de s'interroger.

En Béarn et Soule, entre le nombre de licenciés UNSS en collège et en lycée, nous enregistrons une baisse importante. Le rythme scolaire, les devoirs à la maison et l’importance des examens expliquent en partie ce désengagement. D’ailleurs sur les 3400 répondants, collégiens et lycéens, ils sont 30% à signaler que « cela pourrait les intéresser mais qu’ils ont du travail scolaire ».

Les professeurs d’EPS (85 % de répondants) semblent eux aussi convaincus que les 4 notions de plaisir, rencontre, respect et découverte constituent le socle de leurs interventions au sein de l’association sportive.


Actuellement, la reprise du sport scolaire, comme celle de l'ensemble du monde associatif en France est bouleversée par les fortes contraintes liées au protocole sanitaire. Le concept de "Sport-Santé" déjà très présent avant la pandémie, s'invite en haut de l'affiche. Durant la période du confinement, les pratiques de développement personnel, souvent proposées avec des recours aux outils numériques (genially, glideapps) ont également révélé que l'enseignement de l'EPS en distanciel reste très complexe et nécessite, de plus, une ingéniosité et créativité débordante de la part des professeurs. Il est assez évident que l'EPS et le sport scolaire sous sa forme actuelle de reprise post confinement doivent apporter des réponses à des équations complexes. L'explosion du groupe facebook EPS Mania, plateforme de partage d'expériences, d'idées et d'outils a atteint récemment les 10 000 membres : cet intérêt révèle également le sentiment partagé de la jouer collectif et d'être libre d'échanger dans une période inédite.

Nous le savons tous, le discours convenu et de circonstance sur le champ du devoir et de l’utilitarisme en direction de nos élèves ou licenciés ne fonctionnera pas sur le long terme.


La période qui s'annonce (2020-2024) doit réinvestir le champ des émotions. Pour que le sport scolaire séduise encore davantage de jeunes, et incite ceux et celles qui n'y venaient pas, ce qui comptera avant tout,  sera le temps consacré à l'activité physique et le plaisir qu'elle procurera.

Pour réussir le virage déjà amorcé il y-a quelques années (téléchargez le plan départemental UNSS Béarn Soule 2018-2020 // Préface de Tony Estanguet) mais qui s'impose à nous comme une évidence dans cette période si particulière, il faudra que les acteurs du Sport Scolaire dans les Pyrénées-Atlantiques offrent une pratique moins compétitive, plus équitable, éducative et attractive. Pour cela, il faudra :

1- Inciter à la pratique des activités physiques et artistiques en replaçant au centre des propositions les notions de plaisir, de découverte (d’activités, de milieux, des autres) et de bien être (physique et psychique).

2- Investir les activités de pleine nature ou en plein air et les utiliser comme des supports éducatifs : "retour à la nature" , "découverte du territoire" , "sensibilisation à la protection de l'environnement".

3- Concevoir l'espace urbain comme un terrain d'activités physiques, sportives et artistiques : le sondage du Conseil Départemental des Pyrénées Atlantiques (3167 collégiens) a montré que 45% des collégiens pratiquent des activités physiques entre amis sur des espaces publics ( voie verte, city stade, fronton, skate park, boulodrome, parkour…). Les gymnases, les pistes d'athlétisme, les terrains de sport règlementaires ne doivent plus être les uniques lieux de pratique.

4- Participer à la formation du jeune citoyen en insistant sur la transmission de valeurs et l'acquisition de compétences connexes (formation de jeunes officiels notamment)

"C'est un petit village qui fait de grand arbitre", Jérôme Garcès découvre qu'un jeune officiel UNSS est du même village que lui! Ce soir là, 2 jeunes officiels UNSS Rugby (Armand Loustau de Laruns et Arthur Buzy-Pucheu de Nay) ont donné le coup d'envoi du match Section Paloise - RCToulon / On les retrouve dans les vestiaires avec Jérôme Garcès et l'arbitre de la rencontre.



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